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« Les paradoxes qui ont fait la réussite de la Silicon Valley » Julien Pillot

gafa
economie
analyse
11 Déc 2020
11 Déc 2020

Atlantico.fr : Comment définir la mentalité du « contrarian thinking », ou pensée à contre-courant, qui anime les entrepreneurs de la Silicon Valley ?

Julien Pillot : Comme chacun le sait, la Silicon Valley désigne cette partie au Sud de la baie de San Francisco dans laquelle on retrouve des pôles universitaires d’excellence (Stanford, Berkeley) et qui a vu éclore nombre des plus grandes entreprises mondiales de la « tech ».

Or, il faut se rappeler ce que fut le San Francisco des années 60 : le berceau de la contre-culture américaine, en opposition frontale aux valeurs et normes rigides de l’Amérique de l’après-guerre. C’est ici que naquirent bon nombre de combats et d’idéaux modernes autour de la justice sociale, de l’égalité des sexes, de la démocratie participative ou encore de l’économie du partage.

Depuis cette époque, San Francisco demeure un bassin culturel sans égal dans sa capacité à attirer – et à retenir – des individus créatifs et libres penseurs. Des individus qui ont fini par investir toutes les strates de l’économie locale, depuis les arts jusqu’aux sciences, en passant bien naturellement par la politique et le monde des affaires.

D’une certaine façon, nous pourrions considérer que le « contrarian thinking » dont vous parlez est un héritage historique, sorte d’actif intangible subtil – et difficilement reproductible – né de la concentration locale d’intelligences, partageant leurs idées et animées de la même aspiration à changer le monde.

Cela a donné naissance à une certaine culture entrepreneuriale où, de façon plus ou moins consciente, on passe moins de temps à ériger des barrières à l’entrée qu’à expérimenter de nouvelles idées susceptibles de révolutionner les marchés. Les échanges de savoirs entre les entreprises y sont fréquents, l’intrapreneuriat y est encouragé, et les fonds d’investissement hésitent moins qu’ailleurs à financer des projets innovants, y compris quand ceux-ci sont portés par d’illustres inconnus.

Est-ce la même depuis le début ou a-t-elle évolué ?

L’esprit du contrarian thinking a certes évolué avec son temps, mais la Silicon Valley a su – jusqu’à présent – préserver l’essentiel de ce qui fait sa singularité.

Nous le disions précédemment, San Francisco fut un haut lieu de la contre-culture américaine dans les années 60. Mais, de la même façon que nous avons pu l’observer par ailleurs, l’utopie qui animait les débuts s’est étiolée, rattrapée par un certain principe de réalité.

A titre d’exemple, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant que l’éclosion de la « cyberculture » se fit autour des mêmes aspirations d’autonomie et d’émancipation politique et sociale, mais cette fois-ci par l’entremise des machines puis de l’Internet. Ce dernier était initialement perçu comme un « village global » avant de devenir, en quelque sorte, le plus grand supermarché, média, et agence publicitaire du monde. Quant aux machines, qui aujourd’hui se confondent avec les algorithmes et l’Intelligence Artificielle, le débat éthique est aujourd’hui vivace pour savoir si elles sont sources de progrès humain et/ou économique…

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