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IUM | Vacances : redécouvrir le luxueux silence des églises

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03 Sep 2020
03 Sep 2020
Prendre le temps, déconnecter, contempler, reposer ses oreilles: une visite à l’église s’impose.
Peakpx, CC BY-SA

 

Marie-Nathalie Jauffret, International University of Monaco; Hannele Kauppinen-Räisänen, University of Vaasa et Hélène Cristini, INSEEC School of Business & Economics

En ces temps de loisirs et de visites soumises aux restrictions sanitaires, les vacanciers cherchent d’autres formes de distraction et de dépaysement. La découverte des monuments les plus célèbres, musées, parcs, sont souvent privilégiés. Parmi ces derniers, les églises présentent de nombreux atouts.

Le bâti religieux, une destination en soi

 

Le tourisme religieux attire en effet, non seulement pour des raisons spirituelles, mais encore pour le souhait d’acquérir ou d’approfondir des connaissances sures l’architecture et l’héritage culturel d’un lieu. Selon certains chercheurs le tourisme religieux peut devenir un objectif de destination comme c’est souvent le cas pour Jérusalem, La Mecque ou Lourdes.

Il représenterait en effet plus de 44 % du tourisme culturel. À Paris, ce sont d’ailleurs plus de 30,000 personnes par jour qui espéraient entrer dans l’illustre cathédrale Notre Dame avant son incendie.

Hormis la foi religieuse, le goût pour l’architecture, l’appréciation des vitraux et des éléments d’art ancien, n’existe-t-il pas d’autres arguments autres que ceux comparant une église à un musée qui incitent à visiter un lieu sacré ?

Pourquoi visitez-vous cette église ?

 

Une recherche récente a mis en avant les motivations et les ressentis de touristes internationaux se rendant dans des églises en France, en Espagne, en Italie et en Grande-Bretagne.

Hormis dans les plus grands lieux comme La Sagrada Famiglia, Barcelone recevant une quantité non négligeable de visiteurs, parfois bruyants, la plupart des espaces religieux offrent un silence très majoritairement respecté !

L’absence de sonorité est bien souvent demandé non seulement sur l’affiche située sur la porte qui demande d’éteindre son portable, mais aussi à la vue des personnes en train de prier et qui demande par cet acte de communication non verbale de respecter le contexte dans lequel elles sont plongées. Et plus petit est le lieu, plus le silence devient intime. Un visiteur colombien indique à ce sujet qu’il se trouve « au milieu du silence » et que « nous allons donc rester silencieux » comme pour respecter les préceptes entendus.

« Un temple du silence »

 

Comme ce dernier, les personnes interrogées précisent que les églises transpirent « l’absence de son », que les murs invitent au calme tout comme les objets qui se trouvent dans ce « temple du silence ».

Une visiteuse indique à ce sujet que le silence semble provenir de partout, des « murs et des lumières, vous savez ces petites lumières » pour mentionner les petites flammes des bougies qui scintillent et qui reflètent d’après elle « le bon silence », celui d’une spiritualité retrouvée.

Une autre, nord-américaine, aime à rappeler que « les cathédrales ont été construites pour inspirer le silence » et que chaque moment dans un lieu sacré exige que l’on entende ce besoin de silence pour mieux le partager.

Enfin, ces lieux saints insuffleraient le désir du silence qui viendrait des visiteurs eux-mêmes. Un senior japonais indique que dans cet endroit « le silence intérieur s’exprime à travers la méditation et que ce moment sert à se connecter avec son soi ». Selon lui, le silence nourrit notre être.

Un repos de l’âme et des corps

 

Finalement, il est reconnu par les visiteurs interrogés que les lieux comme les basiliques ou les églises servent non seulement au repos de l’âme, mais aussi du corps. Tout d’abord, celui des jambes souvent usées par de trop longues marches à la découverte de sites touristiques.

Puis le corps dans son ensemble que ce soit pour se protéger d’un orage soudain ou trouver la fraîcheur pour lutter contre le soleil écrasant de l’extérieur.

Nombreux sont ceux en effet qui conservent le souvenir, lors de randonnées exténuantes, des bienfaits d’une petite chapelle au sommet d’une colline.

Une jeune femme s’exprime avec soulagement sur le silence vécu comme « une pause – j’ai besoin d’une pause avant de plonger vers la vie d’adulte », car le silence sert à « développer ma spiritualité pour me trouver ». Un autre touriste italien explique quant à lui que le silence lui permet un break, qu’il a l’impression que « le temps s’arrête » et qu’il ne « vieillit plus » durant ces instants de silence.

Silencier son esprit

 

D’après ces rencontres, il est un fait. Le silence de ces lieux renforcerait mentalement l’esprit et physiquement le corps. C’est le cas d’un visiteur qui signale que le silence « sert à silenciaire son esprit », et « calme son cœur ».

Une Française indique que le silence sert à la relaxer et à mieux se concentrer pour « rééquilibrer tous ses chakras » comme durant les exercices de pratique contemplative dans la recherche du son du silence.

La majorité des visiteurs qu’ils soient religieux, athées ou agnostiques mentionnent donc le facteur de bien-être pourvu par ce silence qui apaise l’individu dans une quête de calme et de repos non seulement du corps, mais aussi de la pensée. Ils témoignent tous et toutes de son importance et de sa valeur, car il serait de plus en plus difficile à trouver et/ou à retrouver.

Échapper au monde sonore

 

Les décibels semblent augmenter et des lois tentent de contenir les nuisances sonores pour que le silence ne s’oublie pas. Les compagnies aériennes qui survolent bruyamment les villes l’ont bien comprise avec leur offre de salon VIP où le calme sonore est proposé comme un luxe ou comme d’ailleurs les espaces œcuméniques des aéroports où l’on peut retrouver le silence d’une « chapelle ». Car le silence est présenté comme un moment de luxe, une expérience rare contre la pollution acoustique. Un architecte d’intérieur répondant aux entretiens suite à sa visite d’une église le précise :

« Le silence est un bien qui n’a pas de prix »

Et de rappeler qu’une bonne insonorisation fait rapidement monter le prix d’un logement.

Il s’accorde à prédire que le silence serait amené à disparaître et que les églises servent à le conserver grâce à leurs murs anciens et épais. Le silence serait donc ineffable et vital, mais attesté comme un bien extrêmement rare et les petites ou grandes églises constitueraient des écrins pour l’accueillir et le protéger avec respect et humilité, car selon l’adage « le silence est d’or ». Le silence dans les églises peut donc prendre une haute valeur de patrimoine touristique s’il est protégé et défendu.

Une porte pour redécouvrir le silence

 

Cet été, il sera donc intéressant de découvrir ou redécouvrir ces biens rares et d’expérimenter les ressentis de cette absence de bruit et/ou de s’informer sur les études menées sur le silence.

Des chercheurs, en France à l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique ou aux USA à Minneapolis dans les laboratoires d’Orfield travaillent en effet à l’analyse des sons et/ou des perceptions humaines dans l’une des chambres dites « anéchoïques » dont les parois absorbent les ondes sonores.

Cette dernière qui absorbe les sons à 99,99 % est classée en 2005 et 2013 comme l’endroit le plus silencieux de la planète avec – 9,4 décibels. On pourrait presque y utiliser l’expression française « un ange passe » pour y retrouver la paisibilité d’une église.

Elle a été devancée dernièrement par Microsoft sur son campus de campus de Redmond, avec un bruit de fond de – 20,6 DBA.

Impossible silence

 

Vous y apprendrez cependant que le silence complet ne peut être supporté par l’être humain, car cela lui retire tous les indices perceptifs, dont celui de se mouvoir, communiqué en partie grâce à l’orientation donnée par les sons. Et que les hallucinations apparaissent en moins d’une heure.

Risque rare dans une église entourée soit de chants d’oiseaux et/ou de sons de la ville. Pendant votre temps de repos, le plus simple sera donc de vivre les sons et d’écouter le son du silence « The Sound of Silence » de Simon & Garfunkel ou le célèbre morceau de John Cage, 4’33) interprété dans le silence le plus total par les musiciens et le public de la salle.

The Sound of Silence.

 

Ceux et celles qui préfèrent le cinéma pourront découvrir un documentaire intitulé à la poursuite du silence ou suivre Gordon Hempton – bioacousticien qui parcourt la planète à la recherche du silence et alerte sur sa disparition imminente grâce à sa fondation.

À moins que vous ne préfériez vous asseoir sur un banc d’une église ou d’une abbaye pour apprécier un moment d’évasion silencieuse.The Conversation

Marie-Nathalie Jauffret, Chercheure – Prof. Communication & Marketing, International University of Monaco; Hannele Kauppinen-Räisänen, Associate Professor, University of Vaasa et Hélène Cristini, Maître de conférence/Associate professor en sciences politiques et Ethique dans le business., INSEEC School of Business & Economics

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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